Vous les avez sûrement croisés dans les fêtes de carnaval, lors de concerts de groupes basques ou en Navarre, leur berceau d’origine. Eux, ce sont les Joaldunak (porteurs de cloches), personnages d’hommes sauvages marchant à pas cadencés, vêtus de chapeaux pointus et de peaux de bêtes, faisant sonner leurs cloches pour éloigner quelques animaux sauvages et autres esprits malfaisants. Immersion dans la plus pure tradition basque, entre mythe et réalité.

Rien n’incarne davantage l’identité basque que le personnage de l’homme sauvage
Ses origines remontent probablement à l’ère néolithique, prémisses de l’élevage. L’homme sauvage est un personnage éminemment lié à la mythologie basque. En Navarre, dans les villages d’Ituren et de Zubieta, les habitants ont coutume de célébrer les traditions festives avec ferveur. C’est en ces lieux que les Joaldunak auraient vu le jour. On peut d’ailleurs les apercevoir la nuit de l’Épiphanie, le 17 janvier à l’occasion de la fête de Saint-Antoine ou le 14 août, lors de la plantation rituelle d’un arbre sur la place du village. Les Joaldunak parcourent ainsi les deux villages voisins, déambulant dans les ruelles, martelant le sol, et provoquant avec fracas le tintement des sonnailles fixées dans leur dos. Ces personnages incontournables sont également appelés Zanpanzar (Saint Pansart), Ttuttunorro (dotés de chapeaux pointus), ou Txantxurro (personnages déguisés.)

Croyances et rites chamaniques
Selon les ethnologues, ces « hommes chamanes » avaient le pouvoir, grâce au bruit de leurs cloches et au fouettage des lieux, d’éloigner les mauvais sorts, les esprits maléfiques et repousser les maladies. Ils commençaient leurs rituels au solstice d’hiver jusqu’à la fin du printemps, s’assurant ainsi de belles récoltes et la fécondité, puis célébraient la victoire du jour sur la nuit. Cette période correspond aux dates de l’actuel carnaval.

Ce mythe de l’homme sauvage se retrouve un peu partout en Europe. Ainsi, les Romains fêtaient également cette période sous le nom de Saturnales qui étaient des fêtes orgiaques. Certains spécialistes considèrent d’ailleurs que le Joaldun possède les attributs d’autres personnages, à l’image du Kottilun gorri du Labourd, du Momoxorro d’Alsace, du Moxaurre d’Unanua, mais également d’autres personnages des Pyrénées, des Alpes, de Grèce et de Bulgarie !
Le positionnement des cloches, qui peuvent peser jusqu’à dix kilos chacune, leur fixation aux cordes (pas moins de douze mètres !) et chaque mouvement, suivent une technique précise, rendant l’habillement complexe.

Les Joaldunak tiennent également isopua, un accessoire mi-balai, mi-fouet, composé de crin de cheval, qu’ils agitent pour chasser les mauvais esprits. Dans les croyances chamaniques des carnavals européens, le cheval est doté du pouvoir d’accompagner les morts dans l’au-delà.


Les sonnailles servent, quant à elles, à faire entrer le monde en état de transe. La coiffe mesure cinquante centimètres. Agrémentée de rubans et surmontée de plumes de coq et de coq-faisan, elle était initialement composée de langes des bébés nés dans l’année.

L’activité des Joaldunak s’étend désormais à diverses célébrations du folklore traditionnel basque, comme la cavalcade d’Olentzero pendant les fêtes de Noël, aux fêtes de Bayonne, à Herri Urrats, au carnaval de Bidart, d’Urrugne ou d’Irun, etc. Ils ont été également aperçus lors d’un concert du groupe Zetak qui a réuni pas moins de quinze mille personnes à Pampelune !
Pour celles et ceux qui rêvent de rejoindre un groupe de Joaldunak, voici quelques adresses
Bidasoako Joaldunak
39, rue Richelieu, à Hendaye
Contact : Manolo Alcayaga Goikoetxea
Tél : 06 86 23 58 51
Lien site web
Lien Instagram
Errobiko Joaldunak
Saint-Pierre d’Irube
Contact : M. Etcheverry
Tél : 06.64.30.52.42 ou M. Daguerre au 06.74.58.24.47
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Orai Bat
41, rue Charles Floquet, à Bayonne
Tel : 09 66 96 07 93
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*Sources :
Claude Labat, « Libre parcours dans la mythologie basque – avant qu’elle ne soit enfermée dans un parc d’attractions », Bayonne; Donostia, Lauburu ; Elkar 2012
Wentworth Webster « Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd » ; Anglet ; Aubéron, 1er octobre 2005.
Sébastien Marticorena (Bidasoako Joaldunak) ;
Errobikojoaldunak.eus ;